À l'intention des professionnels chargés du dépôt, de l'obtention et de l'exercice des droits de brevet en Inde, cet ouvrage présente, en s'appuyant principalement sur la loi sur les brevets de 1970 (Patents Act, 1970), le fonctionnement du CGPDTM (Office indien de la propriété intellectuelle), les taxes gouvernementales, la conversion nationale du PCT, les exigences spécifiques des sections 3(d) et 3(k), les licences obligatoires, l'obligation de déclaration d'exploitation prévue par le formulaire 27,jusqu’aux pratiques centrées sur les Hautes Cours après la suppression de l’IPAB en 2021.
Points clés de cet article
BREVET EN INDE
Guide complet du système et des pratiques en matière de brevets en Inde, le plus grand marché d'Asie du Sud avec une population de 1,4 milliard d'habitants, rédigé par un conseil en brevets. Il explique de manière systématique, en 12 sections, depuis le dépôt d'une demande CGPDTM jusqu'aux droits de licence obligatoire, en passant par les pratiques des Hautes Cours après la suppression de l'IPAB.
La pratique en matière de brevets en Inde repose sur une structure « axée sur l'intérêt public », dans laquelle la loi sur les brevets de 1970 (Patents Act, 1970) occupe une place centrale, tandis que les règles sur les brevets de 2003 (Patents Rules, 2003), les directives d'examen du CGPDTM, la jurisprudence (Cour suprême et Hautes Cours) et le manuel pratique du CGPDTM régissent de manière hiérarchisée l'étendue des droits, l'examen et les litiges.
Quatre points à retenir concernant la pratique des brevets en Inde
La « loi primaire » du système indien des brevets est la loi sur les brevets de 1970 (Patents Act, 1970), qui a évolué vers le système actuel après avoir été amendée en 1999, 2002, 2005, 2014 et 2024.Les sections 2 (définitions), 3 et 4 (exclusions de la protection par brevet), 8 (obligation de divulgation des informations relatives aux demandes étrangères), 25 (opposition) et 84 (licence obligatoire) en constituent le cœur. Les modalités de mise en œuvre sont précisées dans le règlement sur les brevets de 2003 et dans le manuel des pratiques et procédures de l’Office des brevets (Manual of Patent Office Practice and Procedure) auquel se réfèrent les examinateurs.
Les fonctions administratives relatives à la délivrance des brevets, aux modèles d'utilité (qui n'existent pas en Inde), aux dessins et modèles, aux marques, etc. relèvent de la responsabilité du CGPDTM (Office of the Controller General of Patents, Designs and Trade Marks), qui dépend du Département de la promotion de l'industrie et du commerce intérieur (DPIIT) du ministère du Commerce et de l'Industrie.L'Inde a décentralisé le traitement des demandes dans quatre bureaux régionaux (Mumbai, Delhi, Chennai et Kolkata), la compétence étant déterminée en fonction de l'adresse du déposant.
| Instance | Compétence et caractéristiques | Fondement |
|---|---|---|
| Contrôleur du CGPDTM | Examen des demandes, opposition et annulation avant et après la délivrance (première instance) | Loi sur les brevets, articles 15 et 25 |
| Hautes cours d'État (State High Courts) | Première instance pour les actions en contrefaçon et en nullité + compétence pour les recours après la suppression de l'IPAB | Loi de 2021 sur la réforme des tribunaux |
| Tribunaux de district | Instance alternative pour les actions en contrefaçon | CPC §20 |
| Cour suprême (Supreme Court) | Pourvoi contre les décisions des cours d'appel | Constitution §136 |
Importance de la réforme de 2021 : le Parlement indien a adopté la loi de 2021 sur la réforme des tribunaux (Tribunal Reforms Act) et a aboli l'IPAB (Intellectual Property Appellate Board). Les affaires de recours et d'annulation en matière de brevets, qui étaient jusqu'alors traitées par l'IPAB, ont été transférées aux cours d'appel des différents États. La Cour d'appel de Delhi a mis en place une division spécialisée en propriété intellectuelle (IPD) qui fait office d'instance centralisée de traitement.
| Rubrique | Dépôt direct | Priorité au titre de la Convention de Paris (base japonaise) | Transfert vers l'Inde via le PCT |
|---|---|---|---|
| Délai de dépôt en Inde | À tout moment | Dans les 12 mois suivant la date de dépôt au Japon | Dans les 31 mois suivant la date de priorité |
| Exigences linguistiques | Anglais ou hindi | Anglais ou hindi | Le mémoire en anglais peut être déposé tel quel |
| Description provisoire (Provisional) | Accepté (spécification complète dans les 12 mois) | Description complète standard | Basé sur la description PCT |
| Documents | Points pratiques |
|---|---|
| Formulaire 1 (demande) | Informations sur le déposant et l'inventeur, revendication de priorité |
| Formulaire 2 (description provisoire ou complète) | En anglais ou en hindi, avec dessins |
| Formulaire 3 (informations sur les demandes étrangères) | Obligation prévue à l'article 8. Au moment du dépôt + renouvellement tous les 6 mois |
| Formulaire 5 (déclaration sous serment de l'inventeur) | À la remise de la description complète |
| POA (Formulaire 26) | Désignation d'un mandataire, dépôt de l'original |
| Documents de priorité | Dans les 31 mois suivant la date de dépôt (non requis via le PCT) |
Piège de l'obligation prévue à l'article 8 : les déposants indiens ont l'obligation de divulguer en continu au CGPDTM les informations relatives aux demandes étrangères portant sur la même invention (formulaire 3 au moment du dépôt + mise à jour tous les 6 mois). Tout manquement constitue un motif de nullité (article 64(1)(m)). Des annulations ont effectivement été prononcées dans des affaires telles que l'affaire Chemtura, ce qui rend indispensable une gestion exhaustive des demandes internationales.
| Rubrique | Personne physique/Start-up/Petite entité | Grande entité |
|---|---|---|
| Frais de dépôt (électronique) | 1 600 INR | 8 000 INR |
| Frais de demande d'examen | 4 000 INR | 20 000 INR |
| Frais d'examen accéléré | 8 000 INR | 60 000 INR |
| Frais par page de description (au-delà de 30 pages) | 160 INR/page | 800 INR/page |
| Supplément pour les revendications (plus de 10) | 320 INR/revendication | 1 600 INR/revendication |
| Redevance (3 à 6 ans) | 800 INR/an | 4 000 INR/an |
| Rente (10 à 12 ans) | 6 400 INR/an | 32 000 INR/an |
| Rente (17-20 ans) | 14 400 INR/an | 72 000 INR/an |
Avantages pour les start-ups et les établissements d'enseignement : suite à la réforme de 2024, les frais pour les start-ups et les établissements d'enseignement ont été alignés sur ceux des personnes physiques. Les start-ups enregistrées auprès de Startup India depuis moins de 5 ans bénéficient d'une réduction substantielle. Une remise spéciale est également accordée aux femmes inventeurs, ce qui constitue une mesure unique visant à promouvoir la diversité de genre.
Principaux éléments exclus par la section 3 (à surveiller dans les domaines pharmaceutique et informatique)
Dans l'affaire Novartis AG c. Union of India jugée par la Cour suprême en 2013, la demande de brevet portant sur la forme cristalline β de l'anticancéreux Glivec (imatinib mésylate) a été définitivement rejetée pour violation de la section 3(d). Il a été jugé que l'expression « efficacité significativement améliorée » (significantly enhanced efficacy) désignait uniquement l'effet thérapeutique et que l'amélioration des propriétés physico-chimiques (solubilité, etc.) n'était pas suffisante.
Les logiciels « en tant que tels » ne sont pas brevetables, mais depuis la révision des lignes directrices d'examen du CGPDTM en 2017, les inventions logicielles présentant un « effet technique » sont désormais brevetables. En pratique, il est important de les combiner avec du matériel informatique ou de les décrire sous la forme de revendications de systèmes ou d'appareils.
| Jurisprudence | Point central | Implications pratiques |
|---|---|---|
| Novartis c. UOI (2013, Cour suprême) | Interprétation de l'article 3(d) | Pour les formes cristallines, les sels et les dérivés de médicaments, des données prouvant l'amélioration de l'efficacité thérapeutique sont indispensables |
| Bayer c. Natco (IPAB, 2014) | Droit de licence obligatoire (une première en Inde) | Natco obtient une licence obligatoire pour l'anticancéreux Nexavar. Le rapport d'exécution du formulaire 27 a été déterminant |
| Ferid Allani c. UOI (2019, Haute Cour de Delhi) | Section 3(k) et logiciels | Confirmation de la brevetabilité des logiciels présentant un « effet technique ». Importance de la formulation des revendications |
| Chemtura c. UOI (2009) | Violation de l'article 8 | Annulation pour non-divulgation d'informations relatives à des demandes étrangères. Établissement de l'importance de l'obligation de soumettre régulièrement le formulaire 3 |
Recours dont peut se prévaloir le titulaire du brevet
La division IP (IPD) de la Haute Cour de Delhi est une section spécialisée créée en 2022 qui traite actuellement environ 60 % des litiges en contrefaçon de brevets en Inde. Les affaires représentatives sont notamment les litiges relatifs aux brevets essentiels (SEP) tels que Ericsson c. fabricants indiens de smartphones, et les litiges en matière de brevets pharmaceutiques tels que Bayer c. Cipla.
Toute personne peut former une opposition avant la délivrance auprès du CGPDTM entre la publication de la demande et la délivrance du brevet. Gratuite et permettant l'anonymat du requérant, il s'agit d'un moyen puissant de bloquer à moindre coût les brevets concurrents.
Toute partie intéressée peut former une opposition postérieure à la délivrance auprès du CGPDTM dans un délai de 12 mois à compter de la date de publication du brevet. L'affaire est examinée par la Commission d'opposition.
Impact de la réforme de 2021 : les demandes de révocation, qui étaient auparavant centralisées auprès de l'IPAB, sont désormais introduites auprès des Hautes Cours de chaque État. Les Hautes Cours de Delhi, Bombay, Madras et Calcutta sont les principales juridictions compétentes. Il n'y a pas de délai de dépôt et la notion de « partie intéressée » est interprétée de manière large. Il convient de faire valoir et de prouver que les motifs de révocation énumérés à l'article 64 (absence de nouveauté ou d'activité inventive, violation de l'article 3, violation de l'article 8, etc.) s'appliquent.
Obligation de dépôt du formulaire 27 (assouplie par la réforme de 2020, passant d'une fréquence annuelle à bisannuelle, mais maintenue)
Trois ans après la délivrance du brevet, toute partie intéressée peut demander une licence obligatoire auprès du CGPDTM pour les motifs suivants :
Dans l'affaire Bayer Nexavar (2012), Natco a obtenu la première licence obligatoire en Inde. Elle est assortie de conditions, notamment une redevance de 7 % et des objectifs de volume de ventes annuels.
| Rubrique | Japon | Inde |
|---|---|---|
| Langue de dépôt | Japonais | Anglais ou hindi |
| Système de description provisoire | Non | Oui (demande provisoire) |
| Délai de demande d'examen | 3 ans | 48 mois |
| Opposition avant délivrance | Non | Oui (entre la publication de la demande et la délivrance) |
| Evergreening des médicaments | Brevet de base possible | Restrictions strictes en vertu de la section 3(d) |
| Brevets logiciels | Possible s'il existe des caractéristiques techniques | Restrictions prévues par la section 3(k), preuve de l'effet technique obligatoire |
| Divulgation des informations relatives aux demandes étrangères | Aucune | Obligation prévue à la section 8 (dépôt continu du formulaire 3) |
| Obligation de rapport sur la mise en œuvre | Aucune | Formulaire 27 (tous les deux ans) |
| Droit d'exécution forcée | Ne fonctionne pas dans la pratique | Nombreux exemples d'application (Section 84) |
| Transition nationale PCT | 30 mois | 31 mois |
Le système indien des brevets présente une conception extrêmement singulière dans le contexte mondial, avec notamment les conditions spécifiques de la section 3, le rapport de mise en œuvre du formulaire 27, les droits de licence obligatoire et la divulgation des demandes étrangères prévue par la section 8.Depuis la suppression de l'IPAB en 2021, l'IPD de la Haute Cour de Delhi est devenu l'organe central de la pratique de la propriété intellectuelle en Inde, et les litiges et les procédures d'annulation se sont complexifiés. Pour que les entreprises japonaises mènent à bien leur stratégie en matière de brevets en Inde, il est indispensable de tenir compte des exigences propres à l'Inde dès la phase de rédaction des revendications et d'assurer une conformité continue (Formulaire 3 et Formulaire 27) après l'obtention du brevet. Veuillez également consulter nos services de dépôt de demandes de brevets internationaux PCT et de demandes de brevets.
Le cabinet de propriété intellectuelle EVORIX offre un soutien complet pour le dépôt de brevets et l'exercice des droits sur le plus grand marché d'Asie du Sud, l'Inde, qui compte 1,4 milliard d'habitants. De la rédaction de revendications conformes à la Section 3 à la conformité au Formulaire 27, en passant par la gestion des litiges devant l'IPD de la Haute Cour de Delhi, nos conseils en propriété industrielle, forts d'une grande expérience pratique et travaillant en collaboration avec des mandataires locaux, sont à votre disposition.
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*Cet article a été rédigé à des fins d'information générale sur la base de la loi sur les brevets de 1970 (dernière version amendée), des règles sur les brevets de 2003, des documents officiels du CGPDTM, de la jurisprudence de la Cour suprême et des Hautes Cours, des documents publics du JETRO et de l'OMPI, ainsi que des commentaires de cabinets d'avocats locaux. Pour toute décision concrète concernant un cas particulier, nous vous recommandons de consulter des experts, y compris des mandataires locaux.
AUTEUR
Takefumi Sugiura
Cabinet de propriété intellectuelle EVORIX, avocat en brevets et représentant
Assiste des clients issus d'un large éventail de secteurs (informatique, fabrication, start-ups, mode, médecine, etc.) dans tous les domaines, du dépôt de demandes de brevets, marques, dessins et modèles et droits d'auteur jusqu'aux procédures de recours et aux litiges en contrefaçon. Possède également une expertise approfondie en matière de stratégies de propriété intellectuelle dans les domaines de pointe tels que l'IA, l'IoT, le Web3 et la FinTech. Membre de plusieurs organisations, notamment l'Ordre des conseils en propriété industrielle du Japon, l'Association asiatique des conseils en propriété industrielle (APAA) et l'Association japonaise des marques (JTA).