Dans ce blog, nous avons jusqu’à présent analysé les brevets de Nintendo relatifs aux jeux vidéo au...
Nintendo/Pokémon contre Pocket Pair : un conseil en brevets explique le litige en matière de brevets concernant « Palworld » — Brevets concernés, stratégie de division des dem
0. Introduction — Remarque concernant le contexte et la neutralité de cet article
Le procès pour contrefaçon de brevet intenté par Nintendo Co., Ltd. et Pokémon Co., Ltd. à l’encontre de Pocket Pair Co., Ltd., société qui développe et distribue « Palworld », est, à la date du 8 juillet 2026, en instance devant le tribunal de grande instance de Tokyo. Aucun jugement, accord à l’amiable ni ordonnance d’interdiction n’a encore été rendu.
Cet article n’a pas pour but de prédire ni de conclure quant à l’existence d’une contrefaçon, à la validité des brevets ou à l’issue du litige. Il s’agit d’un article explicatif qui présente une synthèse de l’affaire d’un point de vue pratique d’un conseil en brevets, en se fondant uniquement sur des informations publiques telles que les communiqués de presse des parties, les publications de brevets et les articles de presse.« Palworld enfreint le brevet » est l’argument avancé par la partie plaignante, tandis que « aucun des brevets n’est enfreint et ceux-ci sont nuls » est l’argument avancé par la partie défenderesse. La décision du tribunal n’ayant pas encore été rendue, le présent article établit une distinction claire entre les faits objectifs, d’une part, et les arguments des parties, les articles de presse et les analyses, d’autre part (le degré de fiabilité est indiqué selon trois niveaux : [Informations de première main], [D'après les médias] et [Analyse]).
Sur ce blog, nous avons déjà expliqué, dans la série consacrée aux brevets « Splatoon » de Nintendo (introduction générale), comment lire les brevets de jeux vidéo (« fonctionnalité → revendications → points clés de l’étendue des droits ») ainsi que la stratégie des demandes divisionnaires.Le présent article s’inscrit dans la continuité de cette série : il s’agit d’un cas pratique permettant d’observer, à partir d’informations publiques, comment un portefeuille de brevets est utilisé dans un litige réel et comment la partie défenderesse y fait face. Sa structure permet également aux personnes extérieures à l’industrie du jeu vidéo de le lire comme un exemple concret d’étude de liberté d’exploitation (FTO) et de stratégie de dépôt de demandes divisionnaires.
Table des matières
- Faits essentiels et chronologie du litige
- Explication du brevet en cause — une lecture axée sur la « fonction » plutôt que sur le numéro
- Division et enregistrement « juste avant » l’introduction de l’action en justice — ce que le timing révèle de la pratique en matière de brevets
- Réaction de Pocket Pair : double ligne de défense et modification des spécifications (mesures préventives)
- Suggestions à l’intention des praticiens et des développeurs de jeux
- Conclusion et points à surveiller à l’avenir
1. Faits essentiels et chronologie du litige
Le cadre général est le suivant : plaignants = Nintendo Co., Ltd. et Pokémon Co., Ltd. (conjointement) ; défendeur = Pocket Pair Co., Ltd. ; tribunal saisi = Tribunal de grande instance de Tokyo. Les demandes portent sur l’interdiction de la commercialisation de « Palworld » et des dommages-intérêts (5 millions de yens par plaignant, soit 10 millions de yens au total, plus des intérêts de retard.Ce montant semble correspondre à une partie des dommages-intérêts réclamés) [Source primaire : communiqué de Pocket Pair du 8 novembre 2024].
Attention aux fausses informations : l’information selon laquelle « le montant réclamé s’élèverait à 500 millions de yens » circule dans certains milieux, mais il s’agit d’une fausse information qui ne figure ni dans les sources primaires ni dans les principaux articles de presse. Le montant réclamé s’élève à 10 millions de yens au total, majoré des intérêts de retard.Par ailleurs, la date de dépôt de la plainte est le 18 septembre 2024, tandis que le 19 septembre correspond à la date de publication du communiqué de presse de Nintendo (veuillez noter que ces deux dates sont souvent confondues).
| Chronologie | Événement | Fiabilité |
|---|---|---|
| 22/12/2021 | Date de dépôt initiale des trois brevets concernés (environ un mois avant la sortie de « Pokémon LEGENDS Arceus ») | Source primaire |
| 19 janvier 2024 | Lancement de l’accès anticipé à Palworld | Informations de première main |
| Février à juillet 2024 | Obtention des droits pour trois demandes divisionnaires dans le cadre d’une procédure d’examen accéléré (enregistrement de mai à août 2024) | Informations de première main |
| 18 septembre 2024 | Dépôt d’une plainte auprès du tribunal de grande instance de Tokyo (annoncé dans le communiqué de presse de Nintendo du 19 septembre) | Informations de première main |
| 8 novembre 2024 | Pocket Pair divulgue les trois brevets concernés et le contenu de ses revendications | Source primaire |
| 30 novembre 2024 | Mise à jour v0.3.11 (modification des spécifications du système d'invocation) | Informations de première main |
| 21 février 2025 | Pocket Pair fait valoir dans un mémoire écrit que les trois brevets sont nuls (absence de nouveauté et d’activité inventive). Elle cite comme état de la technique ARK: Survival Evolved, Craftopia, des mods, etc. | D'après les médias |
| 8 mai 2025 | Annonce du patch v0.5.5 (modification des spécifications du mode de vol plané) | Informations de première main |
| 17 octobre 2025 | L'Office des brevets a notifié un motif de rejet pour absence de caractère inventif concernant la demande de division associée (demande de brevet n° 2024-031879) (en citant notamment des vidéos de gameplay d'ARK) | Source primaire |
| Novembre 2025 | Le plaignant limite ses revendications à l'ancienne version antérieure à la modification des spécifications (AUTOMATON a confirmé cette information dans le dossier de l'affaire rendu public le 12 juin 2026, selon ses reportages) | D'après les médias |
| 1er octobre 2026, 9 novembre 2026 | Séance d'explication technique au tribunal de grande instance de Tokyo / Communication des impressions du tribunal (prévue) | D'après les médias |
Situation aux États-Unis — Le litige concerne uniquement le Japon
Aucune action en justice n’a été intentée aux États-Unis ; le litige concerne uniquement le Japon. Aux États-Unis, le brevet en cause en est au stade de la délivrance et de la procédure de réexamen. En novembre 2025, le réexamen du brevet américain n° 12 403 397 a été lancé d’office par le directeur de l’USPTO(cette révision d’office, sans intervention d’un tiers, est présentée dans la presse comme une mesure exceptionnelle depuis 2012) ; dans une « Office Action » datée du 25 mars 2026, les 26 revendications ont fait l’objet d’un rejet non définitif pour manque d’originalité (§103) [d’après les médias].Il s’agit toutefois d’une décision non définitive, et Nintendo dispose d’une possibilité de réponse. Il est important de noter que la décision américaine n’a pas d’effet juridique direct sur le procès au Japon.
Par ailleurs, selon certaines analyses médiatiques, la limitation des revendications intervenue en novembre 2025 aurait pratiquement éliminé le risque d’injonction concernant la version officielle 1.0 (dont la sortie est prévue le 10 juillet 2026, selon les médias) [Analyses : games fray, Techdirt, etc.].Il s’agit là d’une analyse ; la question de savoir s’il y a eu contrefaçon concernant les anciennes versions fait toujours l’objet d’un litige.
2. Explication des brevets concernés — Il faut les lire en fonction des « fonctions » et non des numéros
Les trois brevets en question ont tous des intitulés d’invention pratiquement identiques, du type « programme de jeu, système de jeu… ». Comme il est impossible de les distinguer en se basant uniquement sur leur numéro, il est nécessaire de les lire en se concentrant sur les « fonctions » définies par les revendications. Nous allons les examiner selon le schéma « fonction → revendication → portée des droits » utilisé pour la série Splatoon.
Brevet n° 7545191 — Lancer sélectif de capture ou d’invocation
Fonction : basculer entre un objet de capture (1er groupe de catégories) et un personnage de combat (2e groupe de catégories) ; « prendre la position » en appuyant sur un bouton, viser en entrant une direction, et lancer en relâchant le bouton. Si l’objet de capture touche sa cible, le système détermine si la capture a réussi ; en cas de résultat positif, l’objet devient la propriété du joueur. S’il s’agit d’un personnage de combat, le combat commence.
Références : demande déposée le 30 juillet 2024, enregistrement le 27 août 2024 (environ trois semaines avant le dépôt de la plainte). Il s’agit d’une demande divisée de la demande de brevet n° 2024-031879, dont la date de dépôt initiale remonte au 22 décembre 2021.Demande déposée conjointement par Nintendo et Pokémon.
Brevet n° 7545191, revendication 1 (citation littérale tirée des publications J-PlatPat et Google Patents)
Lorsque, sur un ordinateur, sur la base d’une entrée d’opération consistant à appuyer sur un bouton de commande, un premier groupe de catégories comprenant plusieurs types d’objets de capture destinés à capturer des personnages de terrain placés sur un terrain dans un espace virtuel est sélectionné,le système fait effectuer au personnage joueur, dans ledit espace virtuel, un geste de préparation pour lancer lesdits objets de capture lorsque ledit premier groupe de catégories est sélectionné, ou un geste de préparation pour lancer lesdits personnages de combat lorsque ledit deuxième groupe de catégories, comprenant plusieurs types de personnages de combat, est sélectionné, et, sur la base d’une entrée de direction,déterminer la direction de visée au sein dudit espace virtuel,et, sur la base d’une entrée de commande effectuée à l’aide d’un bouton de commande différent desdits boutons de commande, faire sélectionner, lorsque ledit premier groupe de catégories est sélectionné, l’objet à capturer inclus dans ledit premier groupe de catégories, et, lorsque ledit deuxième groupe de catégories est sélectionné, le personnage de combat inclus dans ledit deuxième groupe de catégories,sur la base d’une commande consistant à relâcher le bouton de commande enfoncé au moment où ledit personnage du joueur effectue ladite action de mise en position, si l’objet à capturer est sélectionné, faire effectuer au personnage du joueur une action consistant à lancer l’objet à capturer sélectionné dans la direction de visée,lorsque ledit personnage de combat est sélectionné, faire effectuer au personnage du joueur l’action consistant à lancer ledit personnage de combat sélectionné dans la direction de visée, et lorsque ledit objet de capture est lancé et touche ledit personnage de terrain, effectuer une évaluation de réussite de capture afin de déterminer si la capture a réussi ou non,si ladite évaluation de réussite de la capture est positive, faire en sorte que le personnage de terrain touché par l’objet de capture soit attribué au joueur, et si ledit personnage de combat a été lancé à un endroit où il peut combattre ledit personnage de terrain, faire en sorte que le combat entre ledit personnage de combat et ledit personnage de terrain commence sur ledit terrain,programme de jeu.
Point clé de la portée des droits : dans cette revendication, l’ensemble de la séquence d’opérations « basculement entre deux groupes de catégories » et « prise de position → visée → tir » est divisé en éléments constitutifs. Pour qu’il y ait contrefaçon, il faut en principe que tous les éléments constitutifs soient remplis ; la structure est telle que l’absence d’un seul élément peut entraîner la non-satisfaction des conditions.Le principe de base de la rédaction des revendications, selon lequel plus on ajoute d’éléments constitutifs, plus le droit est restreint et solide, et plus on en retire, plus il s’élargit, est expliqué en détail dans l’article consacré au brevet Splatoon n° 6543361 (soustraction d’éléments constitutifs).
Brevet n° 7493117 — Indicateur de probabilité de capture
Fonction : mécanisme affichant un indicateur de la probabilité de capture lors de la visée (selon les comptes rendus et analyses de la presse). Déposé le 26 février 2024, enregistré le 22 mai 2024.
Brevet n° 7528390 — Changement de monture ou d’embarquement
Fonctionnalité : mécanisme de monte permettant de sélectionner un personnage à monter parmi ses personnages possédés, puis, une fois en l’air, de changer de personnage à monter via une commande distincte (selon la description). Déposé le 5 mars 2024 · Enregistré le 26 juillet 2024.
Remarque : le résumé des revendications de ces deux publications japonaises repose sur l’analyse des articles de presse ; au moment de la rédaction de cet article, aucune vérification mot à mot du texte original des publications n’a été effectuée.En revanche, la revendication 1 des brevets correspondants américains (US 12 220 638 et US 12 409 387) a fait l’objet d’une vérification mot à mot du texte original ; nous y ferons donc référence ci-après.
Chronique : Aperçu de la famille de brevets américains et « écart entre le libellé des revendications et l’image perçue par le grand public »
En tant que brevets correspondants aux États-Unis, US 12,179,111 (enregistré le 31 décembre 2024 – système à deux modes : capture et combat),US 12 220 638 (enregistré le 11 février 2025 – indicateur de probabilité de réussite + détermination de la capture à l’approche), US 12 403 397 (enregistré le 2 septembre 2025 – invocation de personnages secondaires et combat à deux modes.Fait l’objet de la révision d’office mentionnée précédemment), US 12 409 387 (déposé le 9 septembre 2025 – système de montures) ont été déposés.
À la lecture du texte original, on constate un décalage par rapport à l’image que s’en fait le grand public.Par exemple, bien que ces brevets soient souvent présentés comme des « brevets sur les Poké Balls », le libellé des revendications porte sur un « catching item » (objet de capture) et ne se limite pas à un objet en forme de balle (la forme de balle n’étant qu’une description au niveau des modes de réalisation). De plus, dans la revendication 1 du brevet US 12 409 387 relatif à la monture,ne contient pas l’expression « transition fluide / sans à-coups » ; pour être précis, il s’agit d’une configuration dans laquelle « le personnage du joueur, alors qu’il se trouve en l’air, monte sur un personnage de monture aérienne grâce à une commande distincte de celle de la commande de monture », et les éléments de capture et de possession sont également inclus à titre de limitation.C’est un exemple concret illustrant que le résumé des articles de presse diffère souvent du libellé des revendications — il convient donc de toujours vérifier l’étendue des droits dans le texte original de la publication.
En règle générale, les revendications des brevets de jeux vidéo sont décomposées en une chaîne « commande → traitement → affichage » ; l’examen de leur satisfaction s’effectue donc au niveau du flux de commande. Cette méthode d’interprétation reprend directement le format expliqué dans la série d’articles sur les brevets Splatoon.
3. Division et enregistrement « juste avant » l’introduction d’une action en justice — la pratique en matière de brevets à la lumière du timing
Récapitulons les faits.La date de dépôt initiale des trois demandes est le 22 décembre 2021, mais les demandes de division invoquées dans le cadre du litige ont été déposées entre février et juillet 2024, après la sortie de Palworld (19 janvier 2024), et ont été enregistrées entre mai et août 2024 à l’issue d’un examen accéléré.L’enregistrement du dernier brevet, le n° 7545191, a eu lieu à peine 22 jours (environ trois semaines) avant le dépôt de la plainte (le 27 août 2024).
Le cadre juridique qui rend cela possible est la combinaison de l’effet rétroactif des demandes divisionnaires (la date de dépôt remonte à celle de la demande initiale) et du système d’examen accéléré.En d’autres termes, « rédiger de nouvelles revendications dans les limites de la divulgation du mémoire descriptif de la demande initiale après l’apparition du produit concerné, puis obtenir et exercer des droits en un court laps de temps » est légalement possible au regard du système. Par ailleurs, « la possibilité que les revendications aient été rédigées après avoir vu Palworld » est une remarque formulée par un analyste tiers ; il ne s’agit ni d’un fait reconnu par les parties, ni d’une constatation du tribunal.Par ailleurs, le fait de maintenir une demande divisionnaire en instance est en soi une stratégie standard adoptée par de nombreux déposants, y compris les grandes sociétés de jeux vidéo.
Selon l’analyse, la « stratégie de pipeline consistant à maintenir la validité de la demande mère », expliquée dans l’article de ce blog consacré au brevet Splatoon n° 5980266 (détails de la stratégie de demande divisionnaire), a été utilisée dans la présente affaire sous la forme suivante : « rédiger des revendications dans les limites de la divulgation de la demande initiale après le lancement du produit concerné, puis obtenir la délivrance du brevet »(Comme indiqué précédemment, la question de savoir si les revendications ont été rédigées en pensant à Palworld relève de la conjecture d’analystes tiers et ne constitue pas un fait avéré).
Toutefois, cette stratégie n’est pas infaillible. Elle présente deux contraintes : ① les revendications de la demande divisionnaire doivent s’inscrire dans le champ de divulgation du mémoire descriptif de la demande initiale (interdiction d’ajouter des éléments nouveaux) ; ② la nouveauté et l’activité inventive étant évaluées rétroactivement à partir de la date de dépôt de la demande initiale, la stratégie reste vulnérable face à l’état de la technique antérieur à la demande initiale (ARK, etc., constituant ici un point litigieux).En effet, les demandes de division concernées, à savoir la demande de brevet n° 2024-031879 le 17 octobre 2025 et la demande de brevet n° 2026-019762 le 24 avril 2026, ont chacune reçu un avis de rejet pour absence d’activité inventive, entre autres motifs(il ne s’agit dans aucun des deux cas d’une décision définitive, et cela n’entraîne pas non plus la nullité automatique des brevets déjà enregistrés).
Les enseignements pratiques sont à double sens. Pour le titulaire du brevet, « le fait de laisser une demande de division relative à un produit important en instance renforce sa capacité à faire face à d’éventuels litiges futurs ». Pour les tiers, « l’analyse de la liberté d’exploitation (FTO) ne peut être complète sans surveiller l’ensemble de la famille de brevets, y compris les demandes de division en instance, et non pas uniquement le bulletin des brevets délivrés ».
4. Réponse de Pocket Pair — Double stratégie de défense et modification des spécifications (mesure préventive)
La défense de Pocket Pair repose, selon les informations disponibles, sur une double stratégie : (1) l’allégation de non-contrefaçon et (2) l’allégation de nullité du brevet. Dans les actions en contrefaçon au Japon, en vertu de l’article 104-3 de la loi sur les brevets, il est possible d’invoquer, dans le cadre du procès même et sans passer par une procédure de nullité, le fait que « ce brevet présente des motifs de nullité ».Selon les médias, dans son mémoire préparatoire du 21 février 2025, Pocket Pair aurait invoqué l’absence de nouveauté et d’activité inventive pour les trois brevets, et aurait cité comme état de la technique ses propres jeux « Craftopia » et « ARK: Survival Evolved », ainsi que les mods « Pocket Souls » et « NukaMon », entre autres [selon les médias].Parallèlement, certains médias font état d’une demande de procédure d’annulation déposée auprès de l’Office des brevets, mais cette information n’est pas confirmée. Par souci d’équité, il convient de préciser que Nintendo aurait rétorqué que « les mods ne fonctionnant pas de manière autonome, ils ne constituent pas un état de la technique » (il ne s’agit pas d’une décision du tribunal).
Par ailleurs, Pocket Pair a expliqué que ces modifications constituaient une mesure préventive, tout en maintenant son argument selon lequel « aucun de ces brevets n’est violé et qu’ils sont donc nuls », ce qui ne signifie pas pour autant qu’elle reconnaisse que les spécifications antérieures à ces modifications enfreignaient les brevets.
Modification des spécifications n° 1 : patch v0.3.11 (30 novembre 2024)
Suppression de la fonctionnalité « lancer une Pulse Sphere pour invoquer un Pal » et passage à un système d’invocation directe aux côtés du joueur.La revendication 1 du brevet n° 7545191 inclut comme élément constitutif « l’action de projeter le personnage de combat sélectionné dans la direction visée » ; cette modification, qui implique une invocation directe sans lancer, soulève donc la question de sa compatibilité avec l’exigence de « projection » (nous ne nous prononcerons pas ici sur la question de la suffisance).
Modification des spécifications n° 2 : patch v0.5.5 (annoncé le 8 mai 2025)
Le « vol plané avec Pal » a été remplacé par un système utilisant un objet « planeur ». La revendication 1 du brevet américain correspondant US 12 409 387, dont la traduction a été vérifiée mot à mot, stipule comme condition « le fait de monter sur un personnage appartenant au personnage du joueur ».Si le brevet japonais relatif à la monte (numéro 7528390 selon les médias) contient une exigence similaire, le fait de planer à l’aide d’un objet qui n’est pas un personnage possédé soulève la question de la compatibilité de cette modification avec cette exigence (la vérification mot à mot de la publication japonaise n’est pas encore terminée).
Point extrêmement important sur le plan pratique : Pocket Pair maintient son argument selon lequel « aucun de ces brevets n’est contrefait et qu’ils sont nuls », tout en expliquant que ces modifications constituent une « mesure préventive visant à permettre la poursuite du développement et de la distribution » [source primaire].En d’autres termes, la modification des spécifications ne constitue pas un aveu de contrefaçon. Il s’agit d’un exemple typique de « contournement par la conception », visant à isoler et à réduire les risques futurs pendant la procédure judiciaire.
Les effets sont déjà visibles dans les faits. En novembre 2025, il a été rapporté que le plaignant avait limité ses revendications à l’ancienne version antérieure aux modifications de spécifications [d’après les médias], ce qui a de fait éliminé le risque d’injonction concernant la version actuelle et la version officielle.Il s’agit là d’un exemple concret où la « conception d’évitement » a permis de réduire l’étendue des préjudices réels du litige (portée de l’injonction et période prise en compte pour le calcul des dommages-intérêts). Toutefois, la question de savoir s’il y a eu contrefaçon concernant l’ancienne version fait toujours l’objet d’un litige.
5. Suggestions à l’intention des professionnels et des développeurs de jeux
① Importance de l’étude de liberté d’exploitation (FTO) avant la sortie. Les mécanismes de jeu tels que l’interface utilisateur, la capture ou la monte peuvent également faire l’objet de brevets. Il convient d’étudier le portefeuille de brevets des principaux concurrents avant de se lancer dans un genre ou avant la sortie d’un jeu.
② Une simple recherche sur les « brevets enregistrés » ne suffit pas. C’est la principale leçon à tirer de cette affaire. Les trois brevets faisant l’objet du litige n’existaient pas au moment de la sortie de Palworld (ils ont été délivrés à la suite de demandes divisionnaires déposées après la sortie).Outre l’analyse des bulletins de publication, il est nécessaire de procéder à une vérification continue comprenant la surveillance des demandes mères et des familles de demandes divisionnaires en instance, ainsi que le suivi dès la phase de publication des demandes.
③ Utilisation et limites de la conception d’évitement. Si la modification des spécifications est efficace pour réduire le risque d’injonction à l’avenir, elle ne fait pas disparaître les demandes de dommages-intérêts concernant les versions antérieures (dans cette affaire également, les anciennes versions font toujours l’objet de la procédure).La conception de contournement doit être examinée élément par élément, en fonction des sous-revendications, et il convient de prêter attention au risque lié à la doctrine de l’équivalence, selon laquelle un produit peut être considéré comme substantiellement identique même si certains termes ont été supprimés.
④ La défense par la recherche de documents d’invalidation. Les documents non brevetés, tels que les jeux antérieurs, les vidéos de gameplay ou les mods, peuvent également constituer l’état de la technique. Le fait que l’Office des brevets ait cité une vidéo de gameplay d’ARK dans sa notification de motifs de rejet est symbolique. D’un autre côté, certains points de controverse subsistent, comme la question de l’éligibilité des mods en tant qu’état de la technique.
⑤ Le point de vue du titulaire du droit. Le recours au pipeline de demandes divisionnaires et à l’examen accéléré constitue une stratégie légitime d’obtention de droits. Parallèlement, cette affaire montre que des contrôles a posteriori peuvent intervenir après l’exercice du droit, tels que des notifications de motifs de rejet concernant les demandes de la famille de brevets ou (aux États-Unis) un réexamen d’office par le directeur général.
⑥ La réalité du montant des dommages-intérêts. La demande de dommages-intérêts dans cette affaire ne porte que sur une partie du montant total de 10 millions de yens ; dans les litiges japonais relatifs aux brevets de jeux vidéo, l’interdiction de commercialisation tend généralement à constituer l’enjeu principal. Veuillez noter que les évaluations telles que « même en cas de victoire, le montant des dommages-intérêts restera modeste » relèvent de l’analyse des analystes [Analyse] et ne constituent pas des faits avérés.
6. Synthèse et points à surveiller à l’avenir
① Ce litige est actuellement pendant devant le tribunal de grande instance de Tokyo, et aucune conclusion n’a encore été rendue quant à la contrefaçon, à la validité du brevet ou à l’issue du procès.
② Cette affaire constitue un exemple pratique précieux permettant d’observer simultanément les principaux thèmes de la pratique en matière de brevets : « stratégie de division des demandes × contournement par la conception × moyen de défense fondé sur la nullité ».
③ Les prochaines étapes importantes sont la réunion d’information technique prévue le 1er octobre 2026 et la communication des considérations du tribunal prévue le 9 novembre de la même année [selon les médias].
En cas d’évolution importante, telle que la communication des motifs ou le prononcé du jugement, nous prévoyons de mettre à jour cet article ou de publier une suite. Nous vous invitons également à consulter les articles suivants : « Introduction à la série sur les brevets Splatoon », « Brevet n° 5980266 (stratégie de division) » et « Brevet n° 6543361 (réduction des revendications) ».
Pour toute consultation concernant les études de liberté d’exploitation (FTO) dans le domaine des jeux et des logiciels, les vérifications de conformité avant lancement, ainsi que les stratégies de dépôt de brevets et de demandes de division, n’hésitez pas à nous contacter via le formulaire de contact du cabinet de propriété intellectuelle EVORIX.
Principales sources de référence
- Communiqué de presse de Nintendo (19 septembre 2024) [Source primaire]
- Pocket Pair « Rapport concernant le procès pour contrefaçon de brevet » (8 novembre 2024) · Déclaration concernant le patch v0.5.5 (8 mai 2025) [Source primaire]
- Google Patents : JP7545191B1 / US12179111B2 / US12220638B2 / US12403397B2 / US12409387B2 [Informations de première main (bulletin officiel)]
- AUTOMATON (articles sur la notification des motifs de rejet du JPO et sur la limitation des revendications, 12 juin 2026, entre autres) [Couverture médiatique]
- games fray (réexamen d’office par l’USPTO – rejet non définitif des 26 revendications) / PC Gamer / Techdirt (2 juillet 2026) [Couverture médiatique et analyse]
Avertissement : le présent article fournit des informations générales basées sur des informations publiques disponibles au 8 juillet 2026 (communiqués des parties, bulletins de brevets, articles de presse) et ne constitue en aucun cas un conseil juridique concernant un cas particulier.Cette affaire fait actuellement l’objet d’une procédure judiciaire en cours, et les faits ainsi que leur évaluation sont susceptibles d’évoluer en fonction du déroulement de la procédure. Le présent article ne formule aucune conclusion ni prévision quant à l’existence d’une contrefaçon, à la validité du brevet ou à l’issue du litige.